Fabrice Flipo, Le développement est-il universel ?

L’écologie politique au risque du « tournant ontologique » (Descola, Viveiros de Castro)

€25.00

À partir des années 2000 s’amorce en anthropologie un « tournant ontologique », d’après Eduardo Viveiros de Castro. Sa différence viendrait non seulement de ce qu’il accorde tout son poids constitutif au « point de vue du natif », mais aussi et surtout de l’alternative écologique au capitalisme dont il serait porteur, grâce à l’écoute inédite apportée aux sociétés amazoniennes. La thèse a beaucoup alimenté une écologie dite « décoloniale », en France, et un regain d’intérêt pour « l’animisme ». Cet ouvrage retrace l’origine de ce courant de pensée, issu de Viveiros de Castro mais aussi de Philippe Descola et de Bruno Latour. Il en montre les faiblesses, au travers des critiques qu’il a essuyées, en particulier en anthropologie. L’anthropologue anarchiste David Graeber en a montré le relativisme épistémologique et le conservatisme politique. Ce courant mal assuré, qui rejoue sans le savoir l’écologisme antimoderne des années 1970, a marginalisé un autre courant classique de l’écologisme : la « critique du développement », dont Serge Latouche peut être le symbole, avec Marshall Sahlins ou Robert Jaulin, et plus secondairement Serge Moscovici. Plus politique, moins relativiste, bref moins « postmoderne » dirait Andreas Malm, il esquisse une tout autre perspective dont l’ouvrage tente de tirer les implications jusqu’au bout. Un pluriversalisme universaliste s’esquisse, sur la base notamment du philosophe catalan Raimon Panikkar, que Serge Latouche a fait connaître en France au moment où le « tournant ontologique » prenait son envol.

Fabrice Flipo est philosophe du politique et des sciences et techniques, enseignant à Institut Mines-Télécom BS et chercheur au Laboratoire de changement social et politique à l’Université de Paris. Ses recherches portent sur l’écologie politique, la décroissance, le changement social et politique, et l’écologie du numérique.

Introduction [page 5] Le « tournant ontologique » et les trois écologies

Partie 1 [page 23] Le « tournant ontologique » et ses enjeux

Partie 2 [page 133] L’émancipation au-delà du développement

Conclusion [page 247] Être progressiste sans devenir réactionnaire. Pour une raison a-moderne

Annexe [page 257] «Le discours du Chef Seattle » (1854)

Bibliographie [page 261]